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26/08/2020

Donner à voir et travailler ensemble. Éléments pour un manifeste.

La crise sanitaire qui a de quoi nous interpeler - non pas tant sur la dangerosité présumée du virus qui se serait répandu sur toute la surface de la Terre - mais par tout ce qu'elle semble remettre en question en agissant sur la peur des individus, sur le doute et balayant tout ce qui fait l'ordinaire de notre société depuis longtemps, sinon depuis toujours, met en péril l'activité artistique dans son ensemble en ce qu'elle éloigne les créateurs de leurs publics. Comme pour les lieux de culte, les galeries sont durement touchées. 
Pensez un peu, dans toute l'histoire de l'Humanité, en dehors des (trop) nombreuses périodes de guerre, jamais un lieu de prière et de médiation n'a jamais été fermé, interdit et les offices et cérémonies jamais reportées, annulées ou célébrées en catimini, à huis-clos, comme en cachette. Cela fait le jeu des violents et des méchants qui rêvent d'une société close, muette, faite d'esclaves, de petits soldats, de cobayes et de consommateurs soumis. L'artiste véritable, celui qui a la création dans le sang, comme une énergie vitale qu'il se doit de transmettre, ne peut se satisfaire de cette terrible régression des libertés, cette montée préoccupante des peurs et sur l'incohérence de ceux à qui nous avons jusqu'ici confié notre quotidien, ceux qui devraient accompagner et rassurer, protéger et défendre bien plus que réprimer et contraindre.
En guise de manifeste
Ce long préambule en guise de manifeste pour expliquer notre énergie nouvelle, notre volonté de démarrer autre chose, dans la perspective d'un nouveau paradigme qui surgirait de nos cœurs, nous qui n'avons pas pas peur, que ne craignons pas, qui doutons désormais du discours officiel, des informations jetées en pâture par une presse qui ne sait rien et hurle avec les loups pour ne pas disparaître. 

Cette énergie dont on veut parler, c'est poursuivre, contre vents et marées, en toute conscience des difficultés que rencontre l'Humanité, davantage liée selon nous aux graves problématiques climatiques, aux mutations inédites de notre environnement, à cette terre qu'on empoisonne depuis trop longtemps, qu'on pille sans vergogne, amenant à leur perte des milliards d'individus quasiment tous complices par leur indifférence ou leur orgueil, leur âpreté au gain ou leur couardise. 
 
Nous croyons que les arts, la culture, l'éducation sont des armes infaillibles pour gagner cette guerre terrible contre l'Individu, contre la Beauté, contre l'Amour. Face aux répressions policières, aux manipulations génétiques, à l'hyperconsommation, à la peur attisée par des dirigeants affolés que personne n'écoute plus, à l'hydre de la croissance et du profit, il faut du Rêve, de la Beauté et où mieux que dans une galerie, une librairie, un théâtre, un cinéma, une école, un musée, l'homme peut s'apaiser et se reconstruire, prendre le temps de comprendre et de réfléchir avant d'agir non pas comme on lui dit mais comme il le sent, avec tout son être, son cœur et son âme ! L'artiste aide à la paix, à la sérénité, à l'entraide. Son art aiguise les sens, ouvre nos yeux, console et entraîne. 

Voilà pourquoi, nous de la Galerie Blanche, qui n'avons jamais abandonné cette idée première du «Donner à Voir », voulons redynamiser ce qui fut à la base de la création du premier espace que nous avions établi dans en face de la somptueuse glycine de l'Hôtel de Ragueneau, dans le Vieux Bordeaux, rue du Loup et qui durant cinq belles années, a attiré des centaines de visiteurs dont une grande majorité n'avait jamais auparavant fréquenté les lieux d'art, galeries et musées. Cette idée qui n'a jamais été dictée par l'esprit de lucre, mais par la volonté de faire connaître, de partager, d'écouter et de montrer.

Donner à voir, à entendre et à connaître
La crise a mis en difficulté des lieux d'art et de culture qui tentent de surnager, de rester à la surface et de reprendre peu à peu leur chemin. C'est ainsi que nous nous sommes rapprochés, il y a plusieurs mois maintenant de la Galerie Première Ligne fondé par notre chère amie, Cécile Odartchenko, qui fut longtemps la collaboratrice de son marie, Albert Loeb, tant à New York qu'à Paris, avant de lancer les Éditions des Vanneaux, l'une des plus intéressantes maisons d'édition de poésie francophone. Nous l'avons rouverte, nous l'animons et dans les prochains mois, avec de nouveaux partenaires, nous relancerons cette dynamique qu'initia avec brio Cécile : expositions, lectures, concerts, toujours motivés par le donner à voir, à entendre et à connaître.

Vendre aussi 
Pour permettre à la galerie de poursuivre son objectif, la galerie doit aussi jouer son rôle en vendant les œuvres présentées et défendues. Donner à voir, aider à faire naître des vocations de collectionneurs et contribuer au lancement des jeunes artistes dont nous aimons le travail. Cela passe bien sûr par la voie traditionnelle des expositions, temporaires ou permanentes. Mais cela passe aussi désormais par le "hors-sol", les vitrines virtuelles, les réseaux sociaux, les boutiques en ligne... C'est ainsi que via instagram, twitter, Facebook, et bientôt Pinterest et Etsy, par ce blog aussi nous proposons à nos amis des pièces de qualité d'artistes réputés ou encore méconnus et toujours à des prix plus qu'abordables.

C'est le cas de cette magnifique pièce d'Alechinsky, provenant de la très belle série Carta Canta (dont elle est le numéro IV), proposée pour 950€ au vu de son tirage réduit. Bien évidemment nous étudions toutes les offres, tant qu'elles restent raisonnables et en rapport avec la cote de cet artiste et de son travail ! Achat on ligne via paypal.



23/03/2012

Le coucou, emblème de la galerie nomade ?

Le principe du Coucou est un concept sauvage en ce qu'il ne procède pas des déterminants usuels du monde  de l'art contemporain pas plus que des principes généraux du mercantilisme artistique. 
 
Ce n'est ni un mouvement, ni une revendication. Pas davantage une protestation. Juste - et simplement - le résultat de circonstances imposées par notre époque associé à un désir de coller absolument avec les principes fondateurs de la galerie. Ce que les anglo-saxons nomment casualty ou contingency. Associée pendant un peu plus de deux ans à un lieu spécifique, sympathique petit espace du centre ville, où se sont déroulés plus d'une douzaine d'évènements qui ont drainé un public de plus en plus nombreux, la galerie obligée de chercher un nouvel espace prend le risque de la dématérialisation. 
 
Forte d'un groupe d'artistes fidèles et déterminés qu'elle représente, qu'elle montre et diffuse sur son site internet (work in progress), demeurant fidèle au concept associatif Loi 1901, donc sans but lucratif, la Galerie B. se définit comme une galerie nomade. 
 
Le Web étant sa base permanente, la galerie organisera  régulièrement des expositions dans des lieux qu'elle louera ou qui seront mis à sa disposition pour présenter pendant deux à quatre semaines les artistes de son groupe ou d'autres plasticiens qu'elle aura à cœur de faire découvrir au public. 
 
Elle se met ainsi à la disposition des institutions et des galeries qui souhaiteraient recevoir ses artistes. Quant au public, il a la possibilité de visualiser (et d'acquérir) en permanence les œuvres sur le catalogue de la galerie. 
 
Au fil des mois, la galerie va s'enrichir des nouvelles rencontres et des coups de cœur qu'elle partagera avec son fidèle public, poursuivant les buts énoncés dès sa création : donner à voir au plus grand nombre, montrer l'art et la création à des publics nouveaux, contribuer à recentrer le quotidien sur la beauté et permettre une relation authentique à l'esthétique hors de tout présupposé social, de tout élitisme.Apporter, humblement, notre part à la défense de l'art et de la beauté, de la fraternité par la culture et le dialogue.

26/11/2011

Memento Mori

L'exposition du travail de Laurence Nourisson bat son plein. De très nombreux visiteurs, tous fascinés par ces objets insolites qui parlent à quelque chose de très enfoui en nous, que la bande sonore - partie intégrante du travail présenté - accentue. Si on peut regretter que parfois le bruit de la rue empêche d'aller jusqu'au bout de ce voyage à travers des temps rêvés, l'imagination parvient à s'envoler pour un périple qui surprend jusqu'aux tréfonds de nous-même et suscite des sensations et des idées insoupçonnées...


L’exposition MONGO présente des œuvres réalisées entre 2007 et 2011, une série de parures présentées dans des vitrines à  fond noir réalisées avec des déchets plastiques trouvés sur un même lieu, le titre renvoie au site sur lequel ces déchets ont été trouvés. Ces parures font référence aux premières productions artistiques de l'homme qui récupérait des débris d'os, de plumes pour se parer. On retrouve aujourd'hui les traces de cette activité artistique dans nos musées d'archéologie ou d'ethnologie. L'artiste a repris ainsi les codes de présentation de ces institutions. Certains visiteurs ont évoqué une forme de spiritualité qu'on sent présente dans cette présentation de parures et d4objets qui pourraient provenir d'une civilisation ancienne, d'une spiritualité oubliée ou disparue...

C'est à la suite d'un échange avec un frère dominicain et deux visiteurs de la galerie que nous avons abordé et réfléchi aux  conjonctions entre l’art contemporain et la spiritualité. Notamment à travers les questions existentielles qui traversent l’un et l’autre (le sens de la vie, la mort, la souffrance, la faiblesse, le don, le partage, l’autre, l’humain etc.) sont bien présentes tout au long du parcours de cette exposition. Elle soulignent ainsi l'évidence de certaines analogies de relation entre les deux démarches, l’expression de la foi et la création artistique. Par exemple, les deux reposent sur un engagement personnel, sur une expérience forte.

L'Art contemporain au service de la foi n'est cependant pas un objet de foi en soi. Il ne doit pas y tendre, pas y prétendre. Le protestant que je suis, s"il aime l'art, refuse d'adorer des idoles. Trouver dans la beauté, qu'elle soit née de la main de l'homme ou naturelle, les traces du divin parait évident. Faire de cette manifestation un objet d'adoration l'est beaucoup moins et demeure dangereux. Préoccupant aussi.

Tout cela peut être stimulant. Mais souvent, pris par l'enthousiasme mis à défendre l’art contemporain, nombreux sont ceux qui en font une valeur de référence auquel tout, ou presque, doit se soumettre, y compris la foi chrétienne. Du coup, l’art "contemporain" devient une sorte d'objet de foi ; une référence première et ultime, face à laquelle la foi chrétienne perd toute consistance. Elle devient copie du modèle.

Ou alors, il y a concordisme : l’un et l’autre seraient de même nature, ne seraient que les deux faces d’une même monnaie. Du coup, l’ auteur donne un statut ontologique à l’art contemporain, alors même que celui-ci s’est précisément libéré de toute ontologie. C’est particulièrement frappant quand certains auteurs et artistes évoquent "des relations entre cet art et la Vérité". Or nous savons que tant dans l’esthétique que dans la philosophie contemporaines il n’y a plus une vérité, mais au mieux des vérités, autant d’ailleurs que de penseurs ou de créateurs qui expriment en général essentiellement, voire exclusivement leur vérité.

Des exemples de ces confusions et mélanges entre foi et art ?  : "La rencontre de l’art par la Foi (...) révèle la dynamique interne de la Foi comme artistique et révèle de même la dynamique de l’art comme croyante". Ou encore (p. 42) : "L’art est un allié de la Foi. Les artistes partagent instinctivement cette approche chrétienne présentée ici à grands traits". On pourrait multiplier les exemples de ces analogies fondées sur la confusion entre deux domaines qu’il faut vraiment distinguer et séparer.


L'art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la foi
Auteur : Alexandre, Jérôme
Editions Parole et silence
Collection Collège des Bernardins-Ecole cathédrale, cahier , numéro 92
Parution : janvier 2010
ISBN : 978-2-84573-838-6
Prix : 14 euros

26/09/2011

La galerie : affronter joyeusement l'avenir

Ouverte en octobre 2009, la galerie blanche fait peu à peu sa place dans l'univers bordelais de l'art contemporain et de la création artistique. Structure associative, elle a cherché depuis le premier jour, à DONNER A VOIR en dehors des courants et des modes, voulant montrer à des des publics très divers - et pas forcément familiers des espaces culturels dévolus à la création contemporaine - ce que l'art peut représenter de bonheur et de joie, mais aussi d'interrogations et de réflexions. Ainsi, avec des horaires d'ouverture si pour la plupart franchissaient le seuil d'une galerie d'art pour la première fois. Les échanges qui sont spécifiques (la galerie est ouverte la nuit en fin de semaine, notamment le jeudi soir), l'espace a reçu la visite de très jeunes, étudiants ou jeunes professionnels qui pour la plupart franchissaient le seuil d'une galerie pour la première fois. Nombreux sont revenus, certains sont devenus clients, beaucoup sont désormais des amis et tous participent à nos évènements et parfois les visiteurs timides ou sarcastiques du début sont revenus solliciter un stage, des conseils ou des avis. Plusieurs d'entre eux se sont décidés à entreprendre des études d'histoire des arts, d'autres ont intégré les Beaux Arts ou des écoles de graphisme suite à nos discussions et aux rencontres qui ont pu se faire dans la galerie. Peu à peu, par le bouche à oreille - la galerie n'a jamais vraiment fait de publicité, faute de moyens - les vernissages souvent animés par des groupes, des DJ ou des solistes, ont attiré une assistance très nombreuse. "La galerie blanche et ses louveteaux" comme a dit un jour un ami journaliste, tant l'image de la galerie de la rue du Loup est devenue un lieu emblématique pour de nombreux jeunes bordelais. La proximité du Dick Turpin's, de la Brasserie Le Cheverus, du Fiacre, partenaires de nos évènements facilite aussi l'empathie de ce public fidèle, combien de soirées de fin de vernissage ou de décrochage se terminent dans ces établissements sympathiques où les amis de la galerie sont reçus à bras ouverts !
Mais aujourd'hui, au moment de fêter son troisième anniversaire, la galerie doit faire face à plusieurs problématiques et la manière dont celles-ci seront abordées puis réglées déterminera l'avenir de ce magnifique projet que les 884 sympathisants (et, à l'heure où nous publions ce billet, les 519 amis Facebook), soutiennent par leur présence et leurs messages.
Le propriétaire des locaux que nous occupons depuis la création de l'association en 2009, n'ayant jamais voulu établir qu'un bail précaire, n'a jamais voulu établir un bail commercial qui aurait permis à la structure de bénéficier d'une protection légale contre une augmentation trop forte des loyers. Ce bail provisoire arrivé à expiration fin juin a été renouvelé mais avec une augmentation justement. L'essentiel de notre activité n'étant pas à but commercial, nos choix en matière d'expositions, leur fréquence et les frais inhérents à notre communication et au soutien des artistes de la galerie, l'association parvient difficilement à assumer les charges du local. Au demeurant sympathique, le propriétaire n'est ni altruiste ni mécène et l'art contemporain ne pèse pas plus dans sa politique que des chaussures ou des pommes de terre. Aujourd'hui, l'association a les caisses vides. les deux dernières expositions - reconnues comme de très grande qualité - n'ont pas permis d'assurer les charges des derniers mois contrairement aux précédentes expositions. Impatient et dans son droit, le propriétaire a considéré que le retard de loyer (un seul mois en fait) était un motif valable de rupture de nos engagements. Depuis quelques jours, un panneau "à louer" est apposé sur la vitrine... Des travaux de peinture et d'éclairage étaient prévus en septembre, ainsi que la pose d'une signalétique... Tout est donc suspendu pour le moment.
Doit-on baisser les bras et remettre à plus tard le redéploiement de nos activités ? Surseoir aux expositions et aux autres manifestations prévues et qui nous engagent auprès des artistes retenus (dont certains travaillent pratiquement suite à une commande de la galerie) ? Notre participation à plusieurs foires d'art contemproain un moment envisagée pour cette fin 2011 a été reportée aux calendes grecques... Doit-on déménager nos locaux et dès à présent nous mettre à la recherche d'un nouveau lieu d'exposition avec un loyer raisonnable et un bail normal et qui nous protègerait de la gourmandise des propriétaires et des agences ? Doit-on solliciter les pouvoirs publics pour une aide d'urgence ou le prêt de locaux à chaque exposition ? Doit-on dans ces conditions redéployer notre campagne de mécébat comme cela était programmé pour octobre 2011 avec la nouvelle exposition ? Faut-il faire payer les artistes qui veulent exposer chez nous et correspondant à notre vision de la création actuelle ? Comment choisir la meilleure direction sans trahir les principes fondamentaux de l'association ni devenir une boutique d'art et vendre du médiocre et de l'art-ificiel ?
Autant de questions que nous posons officiellement en ligne, invitant nos amis, les membres de l'association, nos confrères galeristes, les artistes, les élus à réfléchir à ce qui peut être fait, à ce qui doit être fait pour que ne s'arrête pas bêtement une aventure aux ambitions modestes mais pleine de promesses dans l'environnement culturel bordelais. Vos idées, aides et suggestions sont les bienvenues. Les références de notre compte bancaire sont disponibles sur simple demande. Toute proposition est la bienvenue : subventions publiques exceptionnelles, collectes de fonds ou aides privées, mais aussi toutes aides en nature (prêt de locaux, par exemple, concerts et spectacles au bénéfice de l'association). Allez, tous ensemble, à quelques jours du lancement de la 2e édition d'Evento, faisons en sorte que la galerie puisse chanter, avec Sylvie Vartan, et mieux, (plus arty contemporain) avec Chris Garneau, "ce soir je serai la plus belle, pour aller danser" !

Illustration : Gérard Garouste,
deux sorcières et un cochon,
gouache, 2011.
Actuellement à la Galerie Daniel Templon

15/09/2011

Jean-Jacques Aillagon : Le créateur reste le seul maître de ses choix.

Peu avant que se déclenche l’Affaire "Piss Christ"(*), le journal Libération, dans son numéro du 13 avril dernier, avait lancé un débat intéressant que nous avons trouvé intéressant de relayer. "L’artiste doit-il être irrespectueux ?" Première réponse, celle de Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, ancien patron du Centre Georges Pompidou, conseilleur de François Pinault à Venise et président jusqu'en octobre de l'établissement public du Château de Versailles.

Jean-Jacques Aillagon : "La question est complexe. Elle renvoie en fait à deux interrogations distinctes : l’artiste a-t-il le devoir d’être irrespectueux ? Cela signifierait qu’il n’y aurait d’œuvre que dans l’irrespect. L’artiste a-t-il le droit d’être irrespectueux ? Cela voudrait dire que l’artiste disposerait de droits particuliers, dérogeant éventuellement aux règles qui s’appliquent au commun des hommes. Quelques affaires récentes ont mis en relief la question de cette possible dérogation par rapport aux usages qui fondent les convenances sociales et culturelles. A Avignon, la présentation de Piss Christ d’Andres Serrano, dans la collection Lambert, suscite des protestations, comme celle de A Fire in My Belly de David Wojnarowicz à la National Portrait Gallery de Washington, ou encore celle de la Nona Ora de Maurizio Cattelan représentant Jean-Paul II écrasé par un rocher.

L’artiste doit-il disposer d’une complète liberté, forme suprême de la liberté d’expression ? N’est-ce d’ailleurs pas dans cette liberté que reposent le ressort et l’intérêt même de l’acte créateur ? L’artiste doit, en effet, pouvoir s’affranchir des règles, des conventions et des certitudes, cette liberté concernant tout d’abord les normes esthétiques. L’artiste sera alors irrespectueux et je dirais que c’est tant mieux. Gardons-nous cependant de considérer que seules les marques superficielles et parfois formelles de l’irrespect caractériseraient l’artiste et le consacreraient en tant que tel. L’irrespect est à mes yeux une attitude positive de refus des préjugés. On ne peut, cependant, le réduire aux formes anecdotiques de l’insolence qui ne recherchent, de façon superficielle, que la provocation ou le sensationnalisme.

A vrai dire, entre les écorchés de Fragonard et les cadavres naturalisés de l’exposition "Our Body", je vois une nuance qui réside dans l’essentiel, c’est-à-dire dans l’état d’esprit qui motive la liberté prise par rapport aux conventions. Quand Wim Delvoye se livre à des tatouages sur des cochons ou, qu’avant lui, Hermann Nitsch, actionniste viennois, mettait en scène des sacrifices de bovins ou d’ovins, ils transgressent, de toute évidence, les règles et même les lois qui s’appliquent au traitement des animaux. Dans le même temps, ne peut-on considérer qu’ils nous renvoient, l’un et l’autre, de façon très crue, aux questions de notre relation avec le monde animal, avec la vie et la mort, et que d’une certaine façon ils renouent avec la fascination qu’ont exercé sur les artistes, de tout temps, la mort, la souillure, la saleté, la déjection, comme on le voit dans le retable d’Issenheim de Mathias Grunewald ?

Y a-t-il des limites ? Faut-il des limites ? Qui doit décréter les limites ? Qui doit juger leur transgression ? La question est souvent d’actualité, comme le montrent les actions en justice engagées contre les commissaires de l’exposition "Présumés Innocents" ou contre le château de Versailles à l’occasion de Jeff Koons. Le Petit traité de la liberté de création d’Agnès Tricoire aborde cette question avec précision. Pour ma part, je considère que c’est à l’artiste seul à rester le maître de ses choix et à ceux qui ont la responsabilité de présenter ses œuvres dans l’espace public d’évaluer ce qui est compatible avec l’état des sensibilités qu’elles rencontreront. J’aimerais en tout cas qu’on sache échapper à la désinvolture et à la censure à la fois, y compris à l’autocensure qui est la pire, et que l’on évite de sombrer dans la judiciarisation de la vie culturelle à laquelle invitent les initiatives désormais trop fréquentes de saisine des tribunaux par des individus ou des associations qui s’estiment lésées par la présentation de telle ou telle œuvre qui ne leur convient pas ou qui les choque.

A mon sens, il n’y a pas de création sans liberté. Cette liberté, l’artiste en est à la fois le bénéficiaire et le juge. Elle ne le dispense pas de se souvenir des lois fondamentales qui règlent la solidarité morale et politique de l’espèce humaine, comme les droits de l’homme. On ne saurait imaginer que l’artiste ou l’écrivain, parce qu’il est créateur, pourrait s’affranchir lui-même de ces règles fondamentales. Pouvait-on, en effet, absoudre Céline de son épouvantable antisémitisme parce qu’il avait du talent et encenser son "irrespect" ? Non, bien évidemment."

© Libération 13 avril 2011

(*) : Afin de mettre en avant les conditions de réalisation de sa photographie, Andres Serrano l'intitule Immersion (Piss Christ). Il défend son travail comme étant une critique de "l'industrie milliardaire du Christ-des-bénéfices" et une "condamnation de ceux qui abusent de l'enseignement du Christ pour leurs propres fins ignobles." À la suite du vandalisme que l'œuvre a subi à Avignon en 2011, Serrano, tout en se disant chrétien, s'est de nouveau expliqué sur le titre : "Mes titres ont un caractère littéral et sont tout bonnement descriptifs. Si je réalise un monochrome de lait ou de sang, j'appelle cela “lait” ou “sang”." Il a ajouté à propos du sens à donner à sa photographie : "J'ai pris un crucifix, car c'est un objet banal, en tout cas en Amérique […]. Si en faisant appel au sang, à l'urine, aux larmes, ma représentation déclenche des réactions, c'est aussi un moyen de rappeler à tout le monde par quelle horreur le Christ est passé. "

04/07/2011

L'art contemporain et la beauté qui transcende...



33 Godtoys, Installation de Francis Moreeuw. 2005-2006.

La Biennale d'Art Contemporain de Venise vient d'ouvrir ses portes. Partout dans le monde des lieux offrent à voir des créations nouvelles et de nombreux courants existent en la matière. Mais qu'est-ce que ces œuvres ont à voir avec l'Art ? Peut-on encore envisager ce travail contemporain comme porteur d'un message de foi et d'espoir qui passe avant tout par la Beauté, cette beauté dont on dit qu'elle sauvera le monde ? Un site a eu l'idée - et le courage - de poser les questions que personne n'ose jamais formuler dans un musée, à plusieurs artistes, conservateurs et critiques d'art. Voilà ce que cela donne :

1/ L’art contemporain, n’est-ce pas un peu n’importe quoi ?

"Il a agrandi toutes les limites en poussant la recherche vers la plus grande radicalité, mais on avait perdu la clé, en oubliant que les œuvres sont portées par des commandes", estime Xavier Douroux. "Il a développé une rhétorique complexe en perdant les rapports avec le public. Il faut rétablir ce rapport et donner les clés qui permettent à tous de parler de l’art."

2 / En quoi est-il utile ?

"L’art permet tous les dialogues, bien au-delà des seules questions artistiques", continue Xavier Douroux. "Il est au cœur de toutes les décisions qu’il faut prendre dans la société." "Il permet d’exprimer des choses différentes de ce qui se dit d’ordinaire, car les discours sont toujours contrôlés", ajoute Geneviève Guénette. Jean Voguet pense, quant à lui, que "’artiste est un chercheur. Il va trouver les formes et les couleurs qui seront à la mode. L’artiste est un médium qui transmet la beauté qui n’est pas toujours où on la recherche". "C’est un marqueur d’idées qui parle de l’actualité avec ironie. L’exposition " La Boucherie humaine" aurait été plus influente sur une courte durée, pour ne pas entrer dans les mœurs", précise Rémi Tamain.

3 / La recherche du Beau est-elle encore d’actualité ?

"C’est quoi la beauté ? Si elle est spirituelle, alors ces œuvres y tendent. Si c’est uniquement esthétique, d’autres œuvres peuvent y prétendre, car c’est surtout la quête du sens", répond d’emblée Jean Voguet. Catarina Perazzi explique, de son côté, le sens de sa Déesse mère : "La nudité est un beau véhicule, si elle est bien utilisée. Je l’ai conçue comme une icône. "

4 / L’argent et l’art : un rapport scandaleux ?

"Des prix délirants et même irréels existent, mais ça ne concerne qu’une quinzaine d’artistes dans le monde", affirme Xavier Douroux, quand Geneviève Guénette souligne qu’elle "travaille à côté pour pouvoir vivre".

5 / Jeter un trait sur une toile blanche, c’est un peu facile ?

"On ne doit pas tout justifier par le travail manuel, car une œuvre est avant tout un travail intellectuel.", clame Jean Voguet. "Le savoir-faire très apparent peut, au contraire, cacher un manque de conception."

6 / Comment l’art contemporain retrouve sa place dans la vie quotidienne ?

"On passe des commandes avec l’aide de la ville à des artistes locaux pour qu’ils ne partent pas à Berlin ou à New York. On est aussi actif dans le Châtillonnais que dans les quartiers", nous apprend Xavier Douroux. "Quand une œuvre d’art trouve le bon contexte, elle n’a plus besoin d’être expliquée. On invite des street-artistes qui discutent avec les habitants.", conclut Jean Voguet.

© Franck Bassoleil

07/06/2011

La galerie au 1/12e !



Design pour la présentation de l'exposition MONGO de Laurence Nourisson. Une maquette en papier qui donne envie d'organiser un jour prochain une exposition de miniatures. Avis aux plasticiens intéressés !

31/05/2011

Mongo, un monde retrouvé s'expose à la galerie blanche à partir du 10 juin

Mongo, ce mot à la fois énigmatique et aux consonances exotiques correspond parfaitement au travail de Laurence Nourisson que la galerie blanche est heureuse d'exposer. Léa Vergine dans son livre en donne la définition suivante : "c'est de l'argot américain, c'est un mot qui s'est forgé à New York pour définir les objets qui ,après avoir été jetés, sont ramassés, retrouvés, sauvés..."

Pourquoi cet attrait des déchets chez les artistes ?
Des déchets englobés, photographiés, déchets "traités", montés en épingle, camouflés ou "corrigés", mais qui ne sont malgré tout que des déchets, c’est-à-dire des objets de poubelle et de décharge. Nous sommes nous-mêmes mis au panier et rejetés par d’autres êtres humains. Nous devons - plus ou moins chaque jour - retrouver, ramasser et rassembler des fragments de nous-mêmes.
Quand on regarde les sacs usés d’Alberto Burri ou les détails des cadavres photographiés à la morgue par Andrea Serrano, il nous arrive parfois de nous remémorer la voix de Cathy Barberian où se mêlent partitions pour public averti et "morceaux" populaires, de réentendre une composition de Paolo Castaldi, de relire certaines listes de Bohumil Hrabal ou certains frisbees de Giulia Niccolai, de repenser à certaines séquences cinématographiques d’Abel Ferrara ou à certains collages vocaux de Meredith Monk... et, ainsi, de nous rendre compte que la culture de notre siècle abonde en récupérations, en réemplois et en contaminations, en lambeaux, en fragments, en déchets, en "bruits".
Récupérer et conserver les déchets, essayer de les garder, de les faire survivre en les arrachant au vide, au néant, à la dissolution à laquelle ils sont destinés, vouloir laisser une empreinte, une trace, un indice pour ceux qui restent, implique une dimension psychologique qui est aussi politique.

16/03/2011

Les Dix Commandements selon Gilbert & George



Ten Commandments for Gilbert and George

Thou shalt fight conformism
Thou shalt be the messenger of freedoms
Thou shalt make use of sex
Thou shalt reinvent life
Thou shalt create artificial art
Thou shalt have a sense of purpose
Thou shalt not know exactly what thou dost, but thou shalt do it
Thou shalt give thy love
Thou shalt grab the soul
Thou shalt give something back

25/10/2010

Art et Vie de quartier : le Projet de l'association L76 se met en place

La GALERIE BLANCHE est née de la volonté d'un groupe de bordelais passionnés d’art qui désiraient présenter des artistes d’aujourd’hui sans rentrer dans les. Les membres fondateurs de l'association cultivent tous l'amour de l'art. Dans le but de rassembler différents artistes dans un lieu commun afin d'ouvrir une fenêtre sur le public bordelais. La volonté, c'est de faire apparaître sur le marché de l'art des artistes peu ou mal connus, d'élargir l'accès à l'art et de donner à tout le monde la possibilité de devenir un jour collectionneur ! 

Donner à voir. L'association affirme d'emblée son désir de faire connaître des œuvres singulières, de préférence en marge des modes et bien entendu des créations originales ! La GALERIE BLANCHE a aussi pour ambition de devenir un pôle attractif d'animation artistique du quartier, ou vivent et passent de nombreux étudiants, en favorisant les initiatives et en créant des évènements culturels nouveaux en collaboration avec les associations et commerçants du quartier (Centre Paul-Bert, CIJA, Galerie Lem, Archives Municipales, etc...) :  «Les Maligneries du loup » verront le jour au printemps prochain. Renouant avec la tradition populaire des fêtes de quartier (bal, brocante d’art, poésie, stands divers, gourmandises, tombol'art...), la Galerie animera des moments d'art et de fête...
  • «Le petit marché de l'art» et «Comme une collection privée» plusieurs fois par an, qui présentent des œuvres à petits prix pour des cadeaux uniques et originaux, un marché où artistes et collectionneurs se retrouveront en même temps que les passants qui pourront acquérir des œuvres originales, des multiples ou des livres, des DVD d'occasion.
  • «Les causeries», rencontres avec les artistes sur des thèmes choisis, la plupart du temps en rapport avec les expositions du moment, et qui donnent naissance aux «Cahiers du Loup» à tirage limité.
  • «Les visites pédagogiques» sur l'art seront organisés ponctuellement en relation avec des écoles primaires, des collèges et des lycées. Un partenariat avec une grande école de commerce permettra d'externaliser l'évènement artistique autour d'un thème ou d'un artiste.
  • «Les Éditions du Loup» présenteront dès la rentrée de septembre 2011, des plaquettes, monographies et catalogues d’artistes de la galerie, mais aussi des éditions limitées de sérigraphies, eaux-fortes, cartes postales, posters (et même confitures d’artistes contemporains afin de mettre à la portée de tous la possibilité d’acquérir un «Morceau d’Art».
L'esprit 
Cette galerie à deux pas du centre ville, située dans une belle rue tortueuse qui symbolise le passé et le présent de la ville, permet de sensibiliser un nouveau public et atteste que l'art peut s'exposer ailleurs que dans des lieux sacralisés. En dehors des présentations - vernissages traditionnels du soir, ouverts au public et à la presse, l’association propose des inaugurations plus originales, les vernissages « café croissant ». Par leur simplicité et leur originalité et par l'accueil amical qu'on y reçoit, ces petits moments font de la galerie un lieu apprécié de mixité sociale et de rencontres. La démonstration en est faite désormais à chaque exposition.
L'association a pour ambition de témoigner, à son niveau et avec ses moyens, de la variété des tendances de l'art contemporain. Elle souhaite incarner un nouvel esprit humaniste dans l'art, en multipliant les échanges et en développant les rencontres. Cette convivialité recherchée a pour but de renouer avec un public qui tend à s'interroger, voir à douter de la conduite de l'art d’aujourd’hui et à ceux qui ne viendraient pas spontanément vers l’art et ses manifestations.
Les frais de fonctionnement sont partagés entre les associés et les exposants. Cette galerie n'existerait pas sans la passion et l'énergie des membres du collectif de l'association et des amis de l'Art du Loup. Les mécènes sont les bienvenus, les petites mains aussi.

L’association entend se mettre aussi à la disposition des grandes manifestations locales qui ont depuis plusieurs années vocation au développement des arts plastiques en Aquitaine.

15/04/2010

Lecture

Jérôme Alexandre L’Art contemporain, un vis-à-vis essentiel de la foi Parole et Silence, Cahiers du Collège des Bernardins, n°12. 2010.
ISBN 978-2-84573-838-6

Voilà un petit ouvrage appelé à faire date dans l’histoire de l’art sacré en France vient de paraître. C’est le premier travail publié sur le sujet par un théologien. D’après l'auteur, le temps de l’Art est passé ! Il éclaire notre vision de la création contemporaine à l'aulne de la spiritualité. Voilà le commentaire sur l'ouvrage écrit par Aude de Kerros, peintre et essayiste

L’Art a atteint sa limite parce qu’il est uniquement "esthétique et formaliste", figé dans sa virtuosité et sa perfection. C’est un idéal, hors du réel. Il est peu créatif et répétitif, artisanal et conventionnel, fondé sur l’imitation pure. Il provoque un esprit de possession, une autosatisfaction, un confort, éludant les grandes questions. L’Art contemporain est, en revanche, un réel progrès. Il ne cherche pas la maîtrise et la perfection de ces objets d’art limités, fermés, achevés et morts : "L’artiste ne sait pas où il va, si non il produirait un art appliqué". La supériorité de l’Art Contemporain est dans "le processus" et non dans le résultat. L’œuvre est sans importance, elle peut être immatérielle, conceptuelle ou éphémère… ce qui compte c’est l’artiste et sa démarche. Là se trouve le cœur de l’Humain, du Réel, de la Foi. Ce qui compte c’est l’expérience du vécu, du "sensible", au sens alexandrin du terme, c'est-à-dire éprouvé par le corps et "la chair". La relation au public, entendez le "regardeur", est elle aussi "très chrétienne" car elle l’inclut charitablement dans l’œuvre d’art, le fait participer ! C’est la communion duchampienne, le regardeur fait partie de l’œuvre ! Enfin l’Art Contemporain pose la question de la vérité, il nous confronte au Réel, surtout celui que l’on ne veut pas voir, que l’on refoule, qui nous dérange. La démarche de l’Art Contemporain est morale et prophylactique. L’Art Contemporain ose montrer l’horrible, l’insoutenable, le scandaleux et nous pose question. En cela, "l’acte artistique est, plus fondamentalement qu’il ne l’était dans la seule reproduction de l’existant, un acte créateur".

08/04/2010

Carte blanche à Monsieur B.

La galerie a laissé carte blanche à un collectionneur bordelais, Monsieur B. et lui offre ses cimaises pour présenter au public les choix qui président à l'élaboration et à l'évolution de sa collection. Il a choisi des textes et des références critiques et littéraires en adéquation avec sa vision de l'art et de la possession d'œuvres, pour illustrer sa démarche et expliciter sa réflexion. Ainsi ces lignes écrites par Nicolas Charlet :
L’esthétique humaniste issue de la Renaissance fait de l’artiste un génie dont les œuvres sont irremplaçables : nées d’une pensée et d’un geste uniques et destinés à une compréhension et à une perception universelles. Ce mythe du génie créateur a été tout au long du XXe siècle questionné, malmené, voire combattu. Les avant-gardes ont largement contribué à soulever le débat. L’artiste n’était-il pas, comme tout autre, soumis au régime de la modernité avec son attirail de machines et son obsession de la nouveauté ? La production de masse imposait une certaine ironie à l’égard du génie, étendard de la tradition romantique du siècle passé. Avec le constructivisme, le futurisme et le suprématisme, la machine prend le pas sur la main, et du même coup le multiple sur l’unique. L’ère du modernisme industriel met fin à cette de la tradition artisanale et bouleverse ainsi nos schémas de pensée, y compris au plan esthétique.Malgré la secousse des avant-gardes, le mythe de l'unicum est resté intact dans la première moitié du siècle.D'une part, l'abstraction conforte alors le statut d'unicité de l'œuvre devenue pure cosa mentale ; d'autre part le système patrimonial a tôt fait de récupérer la provocation dada lui ôtant ainsi tout pouvoir de subversion.
La valeur historique remplaçant la valeur subversive. Les ready-made de Marcel Duchamp peuvent entrer librement au musée pourvu qu'ils cessent d'éreinter le mythe de l'art sacrée.Or la génération des artistes de l'après-guerre bouscule ce statu-quo. Si une immense majorité de plasticiens, dits de l'école de Paris, s'en tiennent, avec plus ou moins de bonheur, au juste milieu de la figuration et de l'abstraction dans le respect des traditions du métier d'artiste peintre, quelques-uns tentent au niveau international de fonder la forme originale d'un art contemporain.
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05/12/2009

La naissance d'une galerie...

Des galeries, il y en a pléthore. Il s’en ouvre chaque jour quand d’autres ferment au même rythme. L’époque actuelle n’est pas vraiment propice à l’art sous toutes ses formes dit-on dans les journaux… Pourtant des galeries continuent d’apparaître. La plupart naissent d’un profond besoin de montrer combien l’art est fondamental dans le monde d’aujourd’hui, comme il l’a du reste toujours été depuis que l’être humain a cessé de marcher à quatre pattes en grognant comme une bête sauvage. L’art comme langage qui permet de comprendre l’autre et de s’éloigner des contingences parfois bien lourdes que la vie sociale lui impose. Non pas que l’art puisse être assimilé à un moyen de se détacher de la réalité et les lieux où il est diffusé à des lieux de résistance active face aux règles de la vie commune. Mais bien plutôt comme une grille, un outil de lecture mis à la disposition de tous, pour affronter et comprendre la réalité du quotidien. Pour mieux l’appréhender, la vivre et s’y sentir le mieux possible. Ouvrir une galerie aujourd’hui c’est poser un geste précis de résistance à la médiocrité, de foi en la beauté et en l’imagination. C’est vouloir contribuer à maintenir, modestement, l’enthousiasme des créateurs et rappeler que la vie n’est pas une course effrénée à la richesse et au pouvoir, mais une succession de rencontres et de partages. C’est aussi la volonté de donner à voir l’art au plus grand nombre.