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18/04/2013

Des nouvelles de la galerie, d'Helsinki à Venise en passant par Bordeaux


Le concept de galerie nomade fait des émules. mais c'est un concept difficile à assumer. Difficile de repérer les nomades en route. La caravane va son chemin dans le désert, difficilement repérable. D'où l'utilité des caravansérails... 

Il y a un an, la Galerie Blanche, encore toute fripée de ses déboires immobiliers (l'épisode du propriétaire avide et des partenariats officiels longs à la détente, à oublier) décidait de poursuivre sa tâche : Donner à voir. 

Et nous donnâmes à voir le travail magique et poétique de Vappu Johansson, grande artiste finnoise venue de son pays tout exprès pour présenter ses travaux les plus récents. Le fruit d'une rencontre dans la galerie. le hasard. Un café, des idées et des passions communes. Un bel échange. Une amitié naissante avec l'artiste et son conjoint. La promesse d'une collaboration. La galerie nomade avait posé bagages chez Marie Sargos Teisserenc, personnalité du monde l'art qui ne s'en laisse pas compter et qui joua le jeu. En quelques jours, l'affaire était convenue : nous étions en mars 2012, Vappu exposerait sur les cimaises de la dame. Premier caravansérail pour notre esprit nomade. Grand succès auprès d'un public cependant trop restreint. Mais le début d'une implantation bordelaise pour l'artiste. 

Saison 2 : présentation des derniers travaux et des méthodes finlandaises qui font le succès de Vappu Johansson dans son pays (l'utilisation du plexiglass, l'usage de la photographie et la force d'une réflexion philosophique qui préside à ses choix artistiques, et tant d'autres choses encore) le temps d'un week-end au Château de Fontgravey à Blanquefort à l'invitation d'une association de graveurs aquitains qui réunit des artistes que nous apprécions, comme Jean-Michel charpentier, Colin Schonenberger, Carmen Herrera Nolorve.... Des esprits chagrins pourront objecter que tous ces lieux sont bien éloignés des lieux-phares de l'art contemporain, de la création internationale et du rayonnement qui porte les meilleurs à la lumière des grands moments de l'art. Donner à voir passe bien sûr par là : Basel, Paris, New York, Venise, Barcelone, Berlin, Londres, Milan... 

Mais Bordeaux a son mot à dire. Alors la Galerie Blanche reprend sa route, et la caravane passe. Laissons les chiens aboyer.

A suivre donc...

23/03/2012

La galerie B présente Vappu Johansson chez Marie Sargos-Teisserenc

Premier évènement de la galerie nomade, l'exposition des œuvres réalisées pour l'occasion par l'artiste finlandaise Vappu Johansson dans l'appartement-galerie de Marie Sargos-Teisserenc, 70 cours Alsace-Lorraine à Bordeaux à partir du 31 mars prochain, de 11 heures à 21 heures avec joyeuse collation offerte aux visiteurs.

Ce sont vingt quatre monotypes conçus spécialement pour l'exposition de Bordeaux que cette printmaker très renommée dans son pays, vient présenter au public bordelais qui pourra découvrir le travail de cette artiste. Basé sur la méthode traditionnelle de la plaque gravée, Vappu Johansson travaille à partir de photographies qu'elle utilise comme fonds avant d'appliquer sur les plaques des motifs végétaux pris dans la nature au hasard de ses promenades dans les fjords de la Baltique ou sur les plages et les forêts du Bassin d'Arcachon qu'elle a découvert récemment et où elle revient désormais chaque année. L'alchimie des encres crée une image onirique dans laquelle l'âme plonge très vite s'isolant soudain du monde alentour pour voguer vers des horizons poétiques parfois sombres, le plus souvent paisibles. On ressent à la contemplation de ce travail non seulement une grande maîtrise de l'art majeur de la gravure, trop souvent boudé par nos contemporains, mais aussi un profond ressenti, la présence de joies et de déchirures formant une agglomération de sentiments d'où jaillit la vie triomphante. Chacun trouve à contempler ces pièces un sens, une réponse. Une musique toute personnelle. 

Vappu Johansson recevra les visiteurs les samedi 31 et dimanche 1er avril autour d'une collation dans un lieu chaleureux où nous accueille Marie Sargos-Teisserenc, brillante et joyeuse hôtesse qui n'en est pas à sa première exposition puisqu'elle a déjà reçu dans sa nouvelle domus dévolue à l'art plusieurs artistes de qualité.


15/09/2011

Jean-Jacques Aillagon : Le créateur reste le seul maître de ses choix.

Peu avant que se déclenche l’Affaire "Piss Christ"(*), le journal Libération, dans son numéro du 13 avril dernier, avait lancé un débat intéressant que nous avons trouvé intéressant de relayer. "L’artiste doit-il être irrespectueux ?" Première réponse, celle de Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, ancien patron du Centre Georges Pompidou, conseilleur de François Pinault à Venise et président jusqu'en octobre de l'établissement public du Château de Versailles.

Jean-Jacques Aillagon : "La question est complexe. Elle renvoie en fait à deux interrogations distinctes : l’artiste a-t-il le devoir d’être irrespectueux ? Cela signifierait qu’il n’y aurait d’œuvre que dans l’irrespect. L’artiste a-t-il le droit d’être irrespectueux ? Cela voudrait dire que l’artiste disposerait de droits particuliers, dérogeant éventuellement aux règles qui s’appliquent au commun des hommes. Quelques affaires récentes ont mis en relief la question de cette possible dérogation par rapport aux usages qui fondent les convenances sociales et culturelles. A Avignon, la présentation de Piss Christ d’Andres Serrano, dans la collection Lambert, suscite des protestations, comme celle de A Fire in My Belly de David Wojnarowicz à la National Portrait Gallery de Washington, ou encore celle de la Nona Ora de Maurizio Cattelan représentant Jean-Paul II écrasé par un rocher.

L’artiste doit-il disposer d’une complète liberté, forme suprême de la liberté d’expression ? N’est-ce d’ailleurs pas dans cette liberté que reposent le ressort et l’intérêt même de l’acte créateur ? L’artiste doit, en effet, pouvoir s’affranchir des règles, des conventions et des certitudes, cette liberté concernant tout d’abord les normes esthétiques. L’artiste sera alors irrespectueux et je dirais que c’est tant mieux. Gardons-nous cependant de considérer que seules les marques superficielles et parfois formelles de l’irrespect caractériseraient l’artiste et le consacreraient en tant que tel. L’irrespect est à mes yeux une attitude positive de refus des préjugés. On ne peut, cependant, le réduire aux formes anecdotiques de l’insolence qui ne recherchent, de façon superficielle, que la provocation ou le sensationnalisme.

A vrai dire, entre les écorchés de Fragonard et les cadavres naturalisés de l’exposition "Our Body", je vois une nuance qui réside dans l’essentiel, c’est-à-dire dans l’état d’esprit qui motive la liberté prise par rapport aux conventions. Quand Wim Delvoye se livre à des tatouages sur des cochons ou, qu’avant lui, Hermann Nitsch, actionniste viennois, mettait en scène des sacrifices de bovins ou d’ovins, ils transgressent, de toute évidence, les règles et même les lois qui s’appliquent au traitement des animaux. Dans le même temps, ne peut-on considérer qu’ils nous renvoient, l’un et l’autre, de façon très crue, aux questions de notre relation avec le monde animal, avec la vie et la mort, et que d’une certaine façon ils renouent avec la fascination qu’ont exercé sur les artistes, de tout temps, la mort, la souillure, la saleté, la déjection, comme on le voit dans le retable d’Issenheim de Mathias Grunewald ?

Y a-t-il des limites ? Faut-il des limites ? Qui doit décréter les limites ? Qui doit juger leur transgression ? La question est souvent d’actualité, comme le montrent les actions en justice engagées contre les commissaires de l’exposition "Présumés Innocents" ou contre le château de Versailles à l’occasion de Jeff Koons. Le Petit traité de la liberté de création d’Agnès Tricoire aborde cette question avec précision. Pour ma part, je considère que c’est à l’artiste seul à rester le maître de ses choix et à ceux qui ont la responsabilité de présenter ses œuvres dans l’espace public d’évaluer ce qui est compatible avec l’état des sensibilités qu’elles rencontreront. J’aimerais en tout cas qu’on sache échapper à la désinvolture et à la censure à la fois, y compris à l’autocensure qui est la pire, et que l’on évite de sombrer dans la judiciarisation de la vie culturelle à laquelle invitent les initiatives désormais trop fréquentes de saisine des tribunaux par des individus ou des associations qui s’estiment lésées par la présentation de telle ou telle œuvre qui ne leur convient pas ou qui les choque.

A mon sens, il n’y a pas de création sans liberté. Cette liberté, l’artiste en est à la fois le bénéficiaire et le juge. Elle ne le dispense pas de se souvenir des lois fondamentales qui règlent la solidarité morale et politique de l’espèce humaine, comme les droits de l’homme. On ne saurait imaginer que l’artiste ou l’écrivain, parce qu’il est créateur, pourrait s’affranchir lui-même de ces règles fondamentales. Pouvait-on, en effet, absoudre Céline de son épouvantable antisémitisme parce qu’il avait du talent et encenser son "irrespect" ? Non, bien évidemment."

© Libération 13 avril 2011

(*) : Afin de mettre en avant les conditions de réalisation de sa photographie, Andres Serrano l'intitule Immersion (Piss Christ). Il défend son travail comme étant une critique de "l'industrie milliardaire du Christ-des-bénéfices" et une "condamnation de ceux qui abusent de l'enseignement du Christ pour leurs propres fins ignobles." À la suite du vandalisme que l'œuvre a subi à Avignon en 2011, Serrano, tout en se disant chrétien, s'est de nouveau expliqué sur le titre : "Mes titres ont un caractère littéral et sont tout bonnement descriptifs. Si je réalise un monochrome de lait ou de sang, j'appelle cela “lait” ou “sang”." Il a ajouté à propos du sens à donner à sa photographie : "J'ai pris un crucifix, car c'est un objet banal, en tout cas en Amérique […]. Si en faisant appel au sang, à l'urine, aux larmes, ma représentation déclenche des réactions, c'est aussi un moyen de rappeler à tout le monde par quelle horreur le Christ est passé. "

14/06/2011

Sympathique soirée pour le vernissage de Mongo

Certes ce ne fut pas la cohue (il y avait ce soir-là plusieurs vernissages et pas des moindres, des spectacles et autres évènements qui rendaient difficiles d'assister à tout), mais une petite centaine de clients et d'habitués de la galerie étaient au rendez-vous, vendredi dernier pour découvrir Mongo by Laurence Nourisson. Des artistes étaient venus saluer la plasticienne parmi lesquels : Cécile Bobinnec dont l'exposition Stand Alone précédait celle-ci, Pierre Leman, jeune plasticien fou d'autoportraits et le jeune photographe milanais Guido Valensi et le saxophoniste Alex Golino. Quelques journalistes avaient fait le déplacement. Parmi eux Isabelle Camus emballée par le travail de l'artiste, comme le fut pratiquement tout le public et dont les photos illustrent ce billet. Un verre de Badie à la main, ce délicieux assemblage de cépages bordelais que de plus en plus de gens découvrent et apprécient - vinifié comme le fut autrefois la fameuse Cuvée du Chai de la même maison - les invités déambulèrent au milieu des parures présentées comme dans une salle de musée, leur donnant une dimension de vestige sacré qu'on vient admirer religieusement et avec respect, des sculptures lumineuses de la série Merci Marcel, en hommage à Marcel Duchamp - tout le monde l'aura deviné - s'imprégnant de l'ambiance sonore, création exclusive de l'artiste pour l'exposition et dont la dimension poétique prit toute son ampleur en fin de soirée quand ne restèrent que quelques Happy few, envoûtés par la magie des travaux présentés. Parmi les visiteurs de ce soir-là, mais aussi depuis l'ouverture de l'exposition, de nombreux élèves ou anciens élèves de l'artiste qui enseigne l'histoire des arts et les arts plastiques dans un lycée bordelais, visiblement tous subjugués par les créations de leur professeur, jeunes groupies enthousiastes qui montrent la force et l'enthousiasme de Laurence Nourisson, mais aussi qui confirment la profondeur et la densité de son travail.
Crédits photographiques © Isabelle Camus - 2011 - Tous Droits Réservés.


31/05/2011

Mongo, un monde retrouvé s'expose à la galerie blanche à partir du 10 juin

Mongo, ce mot à la fois énigmatique et aux consonances exotiques correspond parfaitement au travail de Laurence Nourisson que la galerie blanche est heureuse d'exposer. Léa Vergine dans son livre en donne la définition suivante : "c'est de l'argot américain, c'est un mot qui s'est forgé à New York pour définir les objets qui ,après avoir été jetés, sont ramassés, retrouvés, sauvés..."

Pourquoi cet attrait des déchets chez les artistes ?
Des déchets englobés, photographiés, déchets "traités", montés en épingle, camouflés ou "corrigés", mais qui ne sont malgré tout que des déchets, c’est-à-dire des objets de poubelle et de décharge. Nous sommes nous-mêmes mis au panier et rejetés par d’autres êtres humains. Nous devons - plus ou moins chaque jour - retrouver, ramasser et rassembler des fragments de nous-mêmes.
Quand on regarde les sacs usés d’Alberto Burri ou les détails des cadavres photographiés à la morgue par Andrea Serrano, il nous arrive parfois de nous remémorer la voix de Cathy Barberian où se mêlent partitions pour public averti et "morceaux" populaires, de réentendre une composition de Paolo Castaldi, de relire certaines listes de Bohumil Hrabal ou certains frisbees de Giulia Niccolai, de repenser à certaines séquences cinématographiques d’Abel Ferrara ou à certains collages vocaux de Meredith Monk... et, ainsi, de nous rendre compte que la culture de notre siècle abonde en récupérations, en réemplois et en contaminations, en lambeaux, en fragments, en déchets, en "bruits".
Récupérer et conserver les déchets, essayer de les garder, de les faire survivre en les arrachant au vide, au néant, à la dissolution à laquelle ils sont destinés, vouloir laisser une empreinte, une trace, un indice pour ceux qui restent, implique une dimension psychologique qui est aussi politique.

17/11/2010

Lignes de filles, lignes de vie, lignes de sens

Par Claudia Courtois*

« Avant que tu ne parles, on doit pouvoir lire sur ton visage ce que tu vas dire. » Dans une échelle du temps inversée, cette citation de Marc-Aurèle, empereur et philosophe stoïcien de l’Antiquité, pourrait répondre en écho, deux mille ans plus tôt, au travail de Nora Alins : depuis 2008, cette jeune artiste a entamé une série de « Lignes de filles », un alignement de femmes, reliées les unes aux autres par leur chevelure corneille, par leur corps agrégés aux étoffes froissées, colorées, indéfinies, pour former un tout. Une cosmogonie de la sensualité, des paradoxes de la société et de ses questionnements. Leur visage est bien là, marmoréen ou scrutateur, délicat ou grossier. Femme-objet, femme-cinéma, femme-malheur, femme-séductrice, femme-fatale. A chacune, un regard unique, profond, noir, bleu ou vert, autant de flèches vers l’âme humaine pour capter et creuser l’interrogation : « Sommes-nous des objets de consommation, visages lisses prêts à penser égoïstement ? Que reste-t-il de la pensée collective ? Sommes-nous condamnés à vivre en individualistes, asséchés sur le socle de l’essentiel, dans l’ombre de l’humanité ?» Chercher l’équilibre de l’âme humaine
Nora, dans sa peinture de l’âme,a décidé de creuser : « Il existe un paradoxe entre ce dont a besoin l’humain pour être épanoui et ce qu’on lui demande d’être », fait-elle remarquer. La série des « Visages », suite logique des « Lignes de filles » mais éloignée dans le style, l’esthétique et les couleurs, interroge également la place de l’individu dans la société et dans l’espace collectif. Les actions sont plus marquées, symboliques, les personnages nommés. Dans « Ciel to sell », une jeune femme, regard direct, visage doux et lisse, le seul de tous. A côté, un personnage satellite enfonce son bras dans la bouche d’un autre. Torture ? Jeu ? Prostitution ? Plus loin, un homme, bras en croix, couronne d’épines sur la tête et tatouage sur le bras, se fige dans un regard perdu. Star déchue ? Perte du religieux, des repères ? Emblème tutélaire en lambeaux ? Là encore, les individus s’agitent, s’interpénètrent parfois mais ne se regardent pas. Pas de miroir de l’autre. Chacun pour soi. Partage de rien mais coexistence de tous.
Dans ces toiles, Nora interroge, triture, bouscule et cherche l’équilibre de l’âme humaine et sociale. En finesse et subtilité, avec son style aussi multiple que cette féminité qui comble ses toiles et sa vie. Elle n’a pas d’unité de style dans son travail : peinture, collage, montage. La peinture peut être figurative, abstraite, graphique ou conceptuelle. Peu importe : « Je suis tellement remplie de désirs esthétiques, dans une recherche artistique permanente que je veux entretenir cette diversité. » Notre vie est ce qu’en font nos pensées…
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* Claudia Courtois est journaliste.
Elle est correspondante du journal Le Monde